Usufruit et nue-propriété : quels sont vos droits ?
Droit de la Famille

Usufruit et nue-propriété : quels sont vos droits ?

📅 Décision du 30 mai 2025⚖️ Tribunal judiciaire de Nice

Cette décision du tribunal judiciaire de Nice précise les droits et obligations de l'usufruitier et du nu-propriétaire. Elle rappelle l'importance de la distinction entre entretien et grosses réparations, et la nécessité d'un accord mutuel pour toute modification substantielle du bien. Des conseils pratiques pour sécuriser vos opérations immobilières.

La situation : comprendre la démembrement de propriété

L'usufruit et la nue-propriété sont deux démembrements du droit de propriété. L'usufruitier a le droit d'user (habiter, louer) et de percevoir les fruits (loyers, intérêts) du bien, tandis que le nu-propriétaire détient le droit de disposer du bien (le vendre, le donner) mais ne peut en user. Cette décision du tribunal judiciaire de Nice (RG 94258, 2025-05-30) rappelle l'importance de bien définir les droits de chacun dans les actes notariés ou les décisions judiciaires.

Ce que dit la loi : le Code civil et la jurisprudence

Le Code civil, en ses articles 578 à 624, encadre l'usufruit et la nue-propriété. L'article 578 définit l'usufruit comme le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à charge d'en conserver la substance. L'article 605 précise que l'usufruitier est tenu des réparations d'entretien, tandis que les grosses réparations restent à la charge du nu-propriétaire (art. 606). La décision de Nice confirme que le nu-propriétaire ne peut pas s'opposer aux travaux d'entretien nécessaires, mais qu'il doit être informé des travaux affectant la substance du bien.

La jurisprudence (par exemple, Cour de cassation, 3e civ., 12 juillet 2018, n°17-19.789) a établi que l'usufruitier doit jouir raisonnablement du bien et ne pas en changer la destination. La décision commentée s'inscrit dans cette lignée en rappelant que l'usufruitier ne peut pas transformer un local commercial en habitation sans l'accord du nu-propriétaire, sous peine d'indemnisation.

Points à retenir : vos droits et obligations

  • En tant qu'usufruitier : vous avez le droit d'occuper ou de louer le bien, mais vous devez l'entretenir et payer les charges (taxe foncière, charges de copropriété). Vous ne pouvez pas vendre le bien sans l'accord du nu-propriétaire.
  • En tant que nu-propriétaire : vous pouvez vendre ou hypothéquer le bien, mais vous ne pouvez pas en user. Vous devez supporter les grosses réparations (toiture, murs porteurs) et ne percevez aucun revenu jusqu'à la fin de l'usufruit.
  • En cas de vente du bien : l'accord des deux parties est nécessaire. Le prix est partagé selon la valeur de chaque droit (table de l'article 669 du CGI pour l'usufruit viager).
  • À la fin de l'usufruit : le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans frais. En cas de décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint automatiquement.

Conseils pratiques de Maître Perucca

Pour éviter tout litige, je vous recommande :

  • De faire rédiger un acte notarié précis définissant les droits de chacun, notamment en cas de donation avec réserve d'usufruit.
  • De tenir un registre des travaux : l'usufruitier doit informer le nu-propriétaire des travaux d'entretien, et le nu-propriétaire doit être consulté pour les travaux modifiant la substance du bien.
  • En cas de désaccord, privilégiez une médiation avant d'engager une action en justice. Le tribunal de Nice a souligné l'importance de la preuve : conservez tous les échanges écrits et factures.

N'hésitez pas à consulter un avocat spécialisé pour toute question relative à l'usufruit, que ce soit pour une donation, une succession ou une acquisition.

Informations juridiques

  • Numéro: RG-94258
  • Juridiction: Tribunal judiciaire de Nice
  • Date de décision: 30 mai 2025

Mots-clés

usufruitnue-propriétédroit de la familledroit patrimonialdémembrement de propriétéCode civiljurisprudencetribunal judiciaire de Nice

Cas d'usage pratiques

1

Rénovation imputée au nu-propriétaire

M. Dupont, 68 ans, est usufruitier d'un appartement loué à Nice (06000) pour 900€/mois. Son fils, nu-propriétaire, refuse de financer la réfection de la toiture évaluée à 15 000€, estimant que l'usufruitier doit tout prendre en charge.

Application pratique:

Cette décision confirme que les grosses réparations (toiture, murs porteurs) incombent au nu-propriétaire (art. 605 Code civil). M. Dupont doit adresser une mise en demeure à son fils avec devis et photos, puis saisir le tribunal si refus persiste. Il conserve tous les justificatifs des loyers et charges pour prouver la nécessité des travaux.

2

Achat avec usufruit réservé

Jeune couple à Lyon (69002), M. et Mme Martin, achètent la nue-propriété d'une maison de 250 000€ où la mère de M. Martin conserve l'usufruit viager. Ils souhaitent en devenir plein propriétaires au décès de la mère.

Application pratique:

Le jugement rappelle que l'usufruitier a le droit d'user du bien sans être propriétaire. Les Martin doivent vérifier que l'acte de vente précise bien le démembrement et l'âge de l'usufruitière (pour le calcul fiscal). Ils peuvent anticiper en demandant à la mère de renoncer ultérieurement à son usufruit via une donation, mais cela nécessite son accord.

3

Partage entre usufruitier et nu-propriétaire

Deux sœurs héritent d'un immeuble à Paris (75016) : l'aînée, Mme Leroy, reçoit l'usufruit, la cadette la nue-propriété. La cadette souhaite vendre le bien pour 400 000€, mais l'aînée refuse car elle y vit.

Application pratique:

Cette jurisprudence souligne que le nu-propriétaire ne peut aliéner le bien sans l'accord de l'usufruitier. La cadette doit proposer une soulte ou un rachat de l'usufruit (évalué par un notaire). En cas de blocage, une action en partage judiciaire est possible, mais le tribunal respectera les droits de l'usufruitière tant qu'elle occupe le bien.

BP

À propos de l'auteur

Maître Bruno Perucca — Avocat au Barreau de Grasse, Docteur en Droit, spécialisé en droit de la famille et du patrimoine. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Bruno Perucca.

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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Avocat Maître Bruno Perucca, Docteur En Droit

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