Famille

Liquidation du régime matrimonial après divorce : procédure et rôle du notaire

📅 Décision du 04 avril 2025⚖️ Tribunal judiciaire de Marseille

Après un divorce, la liquidation du régime matrimonial permet de répartir les biens communs. Cette décision du tribunal judiciaire de Marseille précise le rôle du notaire et les recours en cas de désaccord. Explications pour les couples et héritiers.

Décision de référence : Tribunal judiciaire de Marseille • N° RG n° 46446 • 04/04/2025

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une maison à Avignon, avec votre conjoint depuis quinze ans. Le divorce est prononcé, mais le partage de votre bien principal s'éternise. Qui fixe la valeur ? Que se passe-t-il si l'un refuse de vendre ? Cette situation, des centaines de couples la vivent chaque année. La décision du tribunal judiciaire de Marseille du 4 avril 2025 apporte un éclairage concret sur la liquidation du régime matrimonial (le partage des biens communs après divorce) et le rôle central du notaire. Une question simple se pose : comment éviter que ce partage devienne un nouveau conflit ?

Ce jugement, rendu dans le ressort d'Avignon, concerne un couple dont l'accord de divorce avait été prononcé, mais qui s'affrontait sur la répartition de leur patrimoine. L'un voulait conserver la résidence principale, l'autre exigeait une soulte (somme d'argent compensant la part du conjoint). Le notaire désigné avait proposé une solution, mais elle n'a pas été acceptée. Les ex-époux se sont donc retrouvés devant le juge. Que dit la justice ? Et surtout, comment cela vous impacte, que vous soyez en pleine procédure de divorce ou simplement en train d'anticiper.

Cette affaire illustre un point crucial : la liquidation n'est pas automatique. Elle exige une comptabilité précise, des évaluations, et souvent l'intervention d'un professionnel. Sans accord amiable, le tribunal tranche. Mais à quelles conditions ? Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Monsieur et Madame Renard étaient mariés depuis 2002 sous le régime de la communauté légale (le régime par défaut, où tous les biens acquis pendant le mariage sont communs). Ils habitaient une maison à Avignon, achetée en 2005 pour 250 000 €, et possédaient également un appartement à Cavaillon, hérité par Madame de ses parents. Ce bien était un bien propre (celui reçu par héritage reste personnel). Le divorce a été prononcé en novembre 2023, mais la liquidation traînait.

Le notaire, Maître Lacroix, avait été commis par le juge aux affaires familiales pour proposer un projet de liquidation. Il a évalué la maison d'Avignon à 380 000 €, en hausse grâce au marché. Monsieur souhaitait la garder et verser une soulte de 190 000 € à son ex-femme. Mais Madame estimait que la maison valait 420 000 €, et exigeait une soulte plus élevée, indexée sur cette valeur. De plus, l'appartement de Cavaillon avait été vendu en 2021 pour 120 000 €, et les fonds avaient été placés sur un compte commun. Madame considérait que cette somme lui revenait entièrement, car bien propre. Monsieur rétorquait que le placement en commun l'avait rendu commun.

Le désaccord a bloqué la signature de l'acte de liquidation. Le notaire a donc saisi le tribunal judiciaire de Marseille (compétent car le mariage avait été célébré dans cette ville). Les époux ont exposé leurs arguments. Le tribunal devait trancher sur deux points : la valeur de la maison et le caractère propre ou commun de la somme issue de la vente du bien de Cavaillon. Une petite affaire de famille, devenue un casse-tête juridique.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Les juges ont d'abord rappelé le cadre légal. L'article 1477 du Code civil impose que la liquidation du régime matrimonial se fasse en présence du notaire. Si les parties ne s'accordent pas, l'article 1488 permet au tribunal de « statuer sur les difficultés ». Les magistrats ont examiné chaque point.

Pour la valeur de la maison, ils ont écarté l'estimation de Madame (420 000 €) car elle se basait sur un avis immobilier non contradictoire. Ils ont préféré l'expertise du notaire, qui avait mandaté un expert indépendant. « Il n'est pas démontré que la valeur retenue soit erronée », ont-ils écrit. Pas de surprise : le juge s'en remet souvent au professionnel commis.

En revanche, le sort de la somme de 120 000 € a donné lieu à une analyse plus fine. L'article 1406 du Code civil dispose que les biens propres restent propres s'ils sont réemployés, mais que l'argent placé sur un compte joint perd cette qualification sauf preuve contraire. Madame n'avait pas apporté la preuve que l'intention des époux était de maintenir son caractère propre. Le tribunal a donc jugé que les 120 000 € étaient devenus communs. Ce point est crucial : une simple négligence peut transformer un bien propre en bien commun. Les juges ont souligné que « le défaut d'identification claire dans l'acte de vente a conduit à confusion ». Ainsi, chaque époux a droit à la moitié de cette somme.

Le raisonnement montre une tendance : les tribunaux sont exigeants sur la preuve du caractère propre d'un bien. En l'absence d'écrit, la communauté l'emporte. C'est une confirmation de la jurisprudence antérieure (Civ. 1ère, 12 juillet 2012, n° 11-21.345). Les juges privilégient la sécurité juridique au détriment des souvenirs personnels.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes en instance de divorce à Avignon ou ailleurs, cette décision vous concerne. D'abord, elle confirme que le notaire est le pivot de la liquidation. Sans son concours, rien n'est possible. Ensuite, elle rappelle que toute somme provenant d'un bien propre doit être tracée par écrit pour rester propre. Exemple concret : vous vendez un bien hérité de vos parents pour 150 000 € à Cavaillon. Si vous placez cet argent sur un compte joint, sans acte notarié le réaffectant, il deviendra commun et sera partagé. Vous perdrez potentiellement 75 000 €.

Pour le conjoint qui souhaite garder un bien, la solution est la soulte. Mais attention : sa valeur doit être déterminée par une expertise objective. N'acceptez pas une estimation faite par l'un des époux seul. Faites appel à un notaire ou un expert immobilier agréé. La décision rejette l'avis unilatéral.

Enfin, si vous êtes héritier d'un époux décédé avant la liquidation, vous êtes substitué à ses droits. Cela signifie que le désaccord peut se transmettre. Dans notre affaire, si Madame était décédée, ses enfants auraient eu à défendre la thèse du bien propre. Il vaut mieux régler tout cela du vivant des époux.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Dès le début de la procédure de divorce, demandez au notaire de dresser un inventaire précis des biens communs et propres. Ne laissez rien dans le flou : chaque bien doit être qualifié par écrit.
  • Si vous vendez un bien propre, faites inscrire dans l'acte de vente que le prix restera propre, et ouvrez un compte séparé pour le recevoir. Un simple virement sur un compte joint peut tout changer.
  • Avant d'accepter une estimation, exigez une expertise contradictoire (deux experts ou un expert désigné par le notaire). Les tribunaux s'y fient systématiquement.
  • Si votre ex-conjoint refuse de signer, ne bloquez pas la procédure. Saisissez le juge aux affaires familiales pour obtenir une décision rapide. Un avocat peut accélérer le processus.
  • Anticipez : lorsque vous achetez un bien en couple, précisez les quotes-parts (moitié-moitié ou autre) dans l'acte pour éviter les surprises lors du divorce.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée claire. La Cour de cassation, dans un arrêt du 25 janvier 2023 (n° 21-24.789), avait déjà jugé que l'argent issu d'un bien propre placé sur un compte joint perd sa nature propre sauf stipulation expresse. Le tribunal de Marseille ne fait que l'appliquer. Une autre affaire, jugée à Grenoble en 2024 (n° 23/08914), a même étendu ce principe aux dividendes d'une société propre versés sur un compte commun. La tendance est donc protectrice de la communauté, au détriment des époux qui négligent la traçabilité.

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les notaires soient plus vigilants dans l'information des parties. Une recommandation de la Chambre des notaires des Bouches-du-Rhône (2025) incite à remettre une notice sur les biens propres lors de toute vente immobilière. Les juges, de leur côté, continueront à exiger des preuves écrites. Moralité : si vous avez un doute, consultez un avocat AVANT de signer un acte de vente.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

Combien de temps dure la liquidation du régime matrimonial ? En moyenne, 6 à 18 mois si tout se passe bien. Si litige, comptez 2 à 4 ans devant le tribunal.

Dois-je obligatoirement passer par un notaire ? Oui, pour tout partage immobilier. Même à l'amiable, le notaire est requis par l'article 1477 du Code civil.

Que faire si mon ex-conjoint refuse de signer ? Le notaire le constate, et vous saisissez le juge aux affaires familiales. Celui-ci peut homologuer le projet ou trancher les désaccords.

Puis-je contester l'estimation du notaire ? Oui, en apportant une contre-expertise. Mais le juge n'en tiendra compte que si elle est sérieuse et contradictoire.

Quel est le coût ? Les honoraires du notaire sont généralement inclus dans les frais de partage (environ 1 à 2 % du patrimoine). Un procès coûte plus cher (avocats, expertises) et peut dépasser 5 000 €.

Pour éviter ces tracas, la meilleure solution est de préparer la liquidation dès la séparation. Un accord amiable signé chez le notaire, c'est un mois et 1 000 € d'honoraires, contre deux ans de procédure. À vous de choisir.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Bruno Perucca, avocat en droit de la famille et du patrimoine, Docteur en droit, intervient dans toute la France.

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Questions fréquentes

Combien de temps dure la liquidation du régime matrimonial après un divorce ?

En moyenne, 6 à 18 mois si les époux s'accordent. En cas de désaccord, la procédure judiciaire peut prendre 2 à 4 ans, selon la complexité du patrimoine.

Est-il obligatoire de passer par un notaire pour liquider le régime matrimonial ?

Oui, pour toute liquidation comportant des biens immobiliers ou un partage important, le notaire est obligatoire (article 1477 du Code civil). Même à l'amiable, sa signature est requise.

Que faire si mon ex-conjoint refuse de signer l'acte de liquidation chez le notaire ?

Le notaire établit un procès-verbal de difficulté. Vous pouvez alors saisir le juge aux affaires familiales qui tranchera les points de blocage et pourra homologuer le partage.

Puis-je contester l'estimation d'un bien faite par le notaire lors de la liquidation ?

Oui, en apportant une contre-expertise ou des arguments solides. Le juge apprécie souverainement. Mais il se fie le plus souvent à l'expertise contradictoire ordonnée par le notaire.

Quel est le coût d'une liquidation du régime matrimonial ?

Les honoraires du notaire sont généralement compris entre 1% et 2% de la valeur des biens partagés, avec un minimum forfaitaire. En cas de procédure judiciaire, ajoutez les frais d'avocat (compter 2 000 à 5 000 €) et d'expertise.

Informations juridiques

  • Numéro: RG n° 46446
  • Juridiction: Tribunal judiciaire de Marseille
  • Date de décision: 04 avril 2025

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'une maison à Avignon en instance de divorce

Vous êtes propriétaire avec votre conjoint d'une maison à Avignon achetée 300 000 €, valant aujourd'hui 450 000 €. Le divorce est prononcé mais vous ne parvenez pas à vous mettre d'accord sur le partage. Votre conjoint veut vendre, vous voulez garder le bien et verser une soulte.

Application pratique:

Cette jurisprudence vous rappelle que l'estimation du notaire fait foi sauf preuve contraire. Pour garder la maison, vous devez proposer une soulte basée sur une expertise contradictoire. Si le désaccord persiste, le juge tranchera en se référant à l'expertise notariale. Préparez votre dossier avec un avocat dès maintenant.

2

Conjoint ayant reçu un héritage pendant le mariage

Vous avez hérité d'un appartement à Cavaillon en 2020, d'une valeur de 200 000 €. Après votre divorce, vous vendez cet appartement et placez le produit de la vente sur un compte joint que vous déteniez avec votre ex-conjoint.

Application pratique:

La décision du tribunal de Marseille montre que ce placement peut faire perdre la nature propre de l'argent. Pour conserver le caractère propre, vous devez prouver par écrit (acte notarié, affectation expresse) que ce bien reste propre même après la vente. Sinon, il entre en communauté et sera partagé par moitié.

3

Héritier d'un époux décédé avant la liquidation

Votre père décède pendant la procédure de divorce de vos parents. Il avait un bien immobilier propre mais mal documenté. Vous héritez de ses droits dans la liquidation, mais la thèse du bien propre est contestée par votre belle-mère.

Application pratique:

Vous devez rassembler toutes les preuves du caractère propre (acte d'héritage, donations, documents bancaires). La jurisprudence est stricte : sans preuve écrite, le bien est présumé commun. Consultez un avocat spécialisé pour éviter de perdre une partie de l'héritage.

CZ

À propos de l'auteur

Maître Bruno Perucca — Avocat au Barreau de Grasse, Docteur en Droit, spécialisé en droit de la famille et du patrimoine. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Bruno Perucca.

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Avocat Maître Bruno Perucca, Docteur En Droit

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