Décision de référence : Tribunal judiciaire de Marseille • N° RG-65405 • 2025-02-05
Imaginez : après vingt ans de vie commune à Aytré, le divorce est prononcé. Vous pensiez que tout était clair : la maison, les comptes, les voitures. Pourtant, votre ex-conjoint refuse de partager certains biens, ou pire, en a dissimulé. Que faire ? La liquidation du régime matrimonial (c'est-à-dire le partage des biens accumulés pendant le mariage) est une étape obligatoire après un divorce, mais elle peut vite tourner au cauchemar si l'un des époux ne joue pas le jeu.
Cette décision du tribunal de Marseille, rendue le 5 février 2025, apporte un éclairage crucial sur la manière dont les juges tranchent ces litiges. Elle concerne un couple dont l'un des époux avait caché des biens immobiliers et des comptes bancaires. Le tribunal a ordonné une répartition équitable, mais aussi des sanctions pour dissimulation. Alors, êtes-vous bien protégé ? Et comment éviter de vous retrouver dans cette situation ?
Dans cet article, nous allons décortiquer cette affaire et vous donner les clés pour défendre vos intérêts, que vous soyez à La Rochelle, à Royan ou ailleurs. Vous y trouverez des conseils pratiques, des exemples chiffrés et des réponses à vos questions.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. et Mme Lefebvre se sont mariés en 2005 sous le régime de la communauté réduite aux acquêts (le régime légal par défaut en France, qui réunit tous les biens acquis après le mariage). Ils ont vécu ensemble à Aytré, où ils ont acheté une maison avec un prêt commun. Mme Lefebvre, infirmière, a également hérité d'un petit studio à Royan. M. Lefebvre, commerçant, avait ouvert plusieurs comptes professionnels. En 2022, le couple se sépare et le divorce est prononcé en 2023 par le tribunal de Marseille, car M. Lefebvre y avait déménagé pour son travail.
Lors de la liquidation de la communauté, un désaccord éclate : Mme Lefebvre découvre que son mari a, pendant l'instance de divorce, vidé un compte commun et vendu un terrain à Royan sans l'en informer. Elle saisit le juge aux affaires familiales de Marseille pour contester la liquidation. Elle réclame la réintégration de ces sommes dans la masse à partager (l'ensemble des biens communs), et une indemnité pour réparer le préjudice subi. M. Lefebvre, lui, affirme que le terrain était un bien personnel acquis avant le mariage et que les sommes prélevées étaient nécessaires pour son activité professionnelle.
Le tribunal, après avoir examiné les preuves – notamment des extraits de compte et un compromis de vente –, donne raison à Mme Lefebvre. Il estime que M. Lefebvre a bien commis une dissimulation de biens communs (cacher volontairement un bien pour le soustraire au partage). La décision ordonne la réévaluation des biens au jour du partage et condamne M. Lefebvre à verser une indemnité à son ex-épouse pour compenser la perte de chance de profiter de ces biens.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le tribunal de Marseille a fondé sa décision sur les articles 214 et suivants du Code civil, qui régissent la communauté réduite aux acquêts, et sur l'article 1240 du même code (responsabilité civile extracontractuelle en cas de faute). Concrètement, il a rappelé que tous les biens acquis pendant le mariage sont présumés communs, sauf preuve contraire. Ici, M. Lefebvre n'a pas démontré que le terrain de Royan était un bien propre (personnel). De plus, le fait de vider un compte commun pendant la procédure de divorce constitue une faute, car il a agi de manière déloyale.
Le juge a également précisé que la dissimulation d'un bien commun ouvre droit à une indemnité, dite « indemnité pour recel », qui peut aller jusqu'à la moitié de la valeur du bien caché. En l'espèce, M. Lefebvre a été condamné à payer 30 % de la valeur du terrain et des sommes prélevées, en plus de réintégrer ces biens dans le partage.
Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante : les tribunaux sont sévères envers les époux qui cachent des biens. Elle rappelle que la loyauté est essentielle dans la liquidation du régime matrimonial. Contrairement à certaines idées reçues, le simple fait de disposer d'un compte joint n'autorise pas à le vider sans l'accord de l'autre.
Les arguments de la défense – à savoir que les prélèvements étaient professionnels – ont été écartés faute de justificatifs. Le tribunal a relevé que M. Lefebvre n'avait pas respecté l'obligation d'information réciproque entre époux.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Cette décision a des implications directes pour tous les couples en instance de divorce, en particulier ceux qui possèdent des biens immobiliers ou des comptes bancaires. Si vous êtes dans cette situation, vous devez :
- Faire un inventaire complet des biens communs dès la séparation. N'attendez pas la procédure : listez les comptes, les biens immobiliers, les véhicules, les assurances-vie, etc. À Aytré, par exemple, une maison peut valoir en moyenne 250 000 € ; si votre conjoint la vend sans votre accord, vous pouvez demander des comptes.
- Vérifier les mouvements sur les comptes communs pendant l'instance de divorce. Si vous voyez des retraits importants, agissez vite. Le tribunal de Marseille a estimé qu'un retrait de 15 000 € par mois pendant six mois constituait une faute. À Royan, un studio de 40 m² peut se négocier autour de 120 000 € ; ne laissez pas votre ex en tirer seul le bénéfice.
- Conserver toutes les preuves : relevés bancaires, actes notariés, compromis de vente. Sans elles, vous risquez de ne pas obtenir gain de cause.
- Être attentif aux délais : la liquidation doit intervenir dans les deux ans suivant le divorce, sinon un notaire peut être désigné d'office. Si vous suspectez une dissimulation, saisissez le juge aux affaires familiales avant la fin de la procédure.
Pour les propriétaires bailleurs, sachez que les loyers perçus pendant le mariage sont des fruits communs (revenus du bien commun). Si votre ex les a conservés, vous pouvez en demander le partage. Les acquéreurs doivent vérifier l'origine de propriété : un bien vendu par un seul époux sans l'accord de l'autre peut être annulé s'il était commun.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Anticipez la liquidation dès la séparation : Prenez rendez-vous avec un notaire pour établir un état liquidatif provisoire. Cela vous permettra de figer la situation et d'éviter les mauvaises surprises.
- Utilisez un compte bloqué : Demandez à votre banque de bloquer les comptes joints ou de les transformer en comptes indivis, avec signature conjointe obligatoire pour tout retrait.
- Documentez chaque bien : Faites estimer les biens immobiliers par un agent immobilier ou un expert. Pour un bien à Royan, obtenez une estimation écrite ; elle servira de base au partage.
- Mentionnez la clause de liquidation dans la convention de divorce : Si vous divorcez par consentement mutuel, prévoyez une clause de partage précisant les conséquences en cas de dissimulation. Cela dissuade les tentations.
- Consultez un avocat spécialisé : Un professionnel du droit de la famille pourra vous guider, surtout si le patrimoine est complexe (sociétés, biens à l'étranger).
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de Marseille rejoint une tendance jurisprudentielle récente. Par exemple, la Cour d'appel de Lyon, dans un arrêt du 12 mars 2023, avait déjà sanctionné un époux qui avait transféré des fonds communs vers un compte à l'étranger. La cour avait ordonné le rapport de ces sommes et une indemnité pour recel de 40 %. De même, la Cour de cassation (arrêt du 8 juillet 2020) a rappelé que la mauvaise foi n'est pas nécessaire pour caractériser le recel ; il suffit que la dissimulation ait été intentionnelle.
En revanche, certains tribunaux sont plus souples lorsque les biens sont de faible valeur. Mais ici, le montant en jeu (le terrain et les comptes) dépassait 150 000 €, ce qui explique la fermeté du tribunal. La tendance est donc à une protection accrue de l'époux spolié, avec des sanctions financières dissuasives.
Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges exigent une transparence totale dès l'assignation en divorce. Peut-être qu'un fichier central des comptes bancaires sera utilisé en matière familiale, comme cela existe déjà pour les successions. En attendant, la vigilance reste de mise.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que la liquidation du régime matrimonial ? C'est l'opération qui consiste à partager les biens communs entre les époux après le divorce. Elle peut être amiable ou judiciaire.
- Puis-je vendre un bien commun sans l'accord de mon ex-conjoint pendant le divorce ? Non, la vente d'un bien commun nécessite l'accord des deux époux, sauf autorisation du juge. Si vous vendez seul, la vente peut être annulée.
- Que faire si mon ex-conjoint cache des biens ? Rassemblez des preuves (relevés bancaires, témoignages, etc.) et saisissez le juge aux affaires familiales pour qu'il ordonne une expertise. Vous pouvez aussi demander une indemnité pour recel.
- Quels sont les délais pour demander la liquidation ? Il n'y a pas de délai de prescription pour engager la liquidation, mais il est conseillé d'agir rapidement après le divorce. Passé deux ans, le juge peut désigner un notaire pour y procéder.
- Comment estimer la valeur d'un bien commun ? Par une expertise amiable ou judiciaire. Le juge peut ordonner une estimation à la date la plus proche du partage, pour tenir compte de la plus-value ou de la moins-value.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Perucca (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Bruno Perucca, avocat en droit de la famille et du patrimoine, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat divorce & séparation |
→ Tous nos articles juridiques