Décision de référence : Cour d'appel de Rennes • N° RG-88204 • 2025-04-02
À Ramonville-Saint-Agne, dans la banlieue toulousaine, Julie et Sophie, mariées depuis 2020, ont décidé d'agrandir leur famille. Après avoir accueilli un enfant né à l'étranger par GPA (gestation pour autrui), elles ont engagé une procédure d'adoption pour établir un lien juridique avec leur fille. Mais le tribunal de première instance a rejeté leur demande, jugeant que le recours à une GPA était contraire à l'ordre public français. Cette décision, avant même d'être notifiée, les a plongées dans l'incertitude. Comment faire reconnaître leur filiation alors qu'elles sont les parents affectifs de l'enfant depuis sa naissance ?
Cette situation, malheureusement courante, illustre la complexité du droit de l'adoption pour les couples homosexuels. Si la loi du 17 mai 2013 a ouvert le mariage et l'adoption aux personnes de même sexe, les tribunaux restent souvent prudents face aux modes de procréation internationales. La Cour d'appel de Rennes vient de se prononcer sur une affaire similaire, apportant des éclaircissements précieux. Alors, cette décision facilite-t-elle l'adoption pour les couples homosexuels ? Quelles sont les conditions à remplir ? Et que faut-il faire si vous êtes dans cette situation ?
Dans cet article, je vous explique le raisonnement des magistrats, les retombées concrètes pour les parents adoptifs, et les précautions à prendre pour éviter un refus. Que vous soyez en couple homosexuel, parent d'intention ou simple curieux, ces informations vous concernent.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. et Mme B., un couple homosexuel marié depuis 2016, résident à Blagnac, à côté de Toulouse. En 2021, ils accueillent un enfant né au Canada, conçu par insémination artificielle avec donneur anonyme, et dont seule l'une des deux est la mère biologique. Pour que l'autre femme devienne également parent légal, ils déposent une requête en adoption simple devant le tribunal judiciaire de Toulouse. Le parquet (ministère public) s'oppose à la demande, estimant que l'adoption aurait pour effet de contourner les règles de la filiation biologique et de frauder la loi française.
Le tribunal leur donne tort en première instance : il refuse l'adoption au motif que la mère d'intention n'a pas de lien biologique avec l'enfant, et que la situation serait contraire à l'intérêt de l'enfant car créant une confusion dans sa filiation. Le couple fait appel. La Cour d'appel de Rennes est saisie (car le dossier a été dépaysé pour des raisons de charge). C'est là que le récit prend un tournant.
Devant la cour, les avocats des deux parties plaident. Le couple soutient que l'adoption simple ne crée pas un lien de filiation exclusif, mais se superpose à la filiation biologique existante. L'enfant a besoin de deux parents légaux, et la mère d'intention est celle qui s'en occupe au quotidien. Le parquet, lui, maintient que l'adoption n'est pas conforme à l'ordre public français car elle méconnaît le principe de vérité biologique.
Le 2 avril 2025, la cour rend son arrêt : elle infirme (annule) le jugement de première instance et autorise l'adoption simple. Une victoire pour le couple, mais une décision qui n'est pas définitive (un pourvoi en cassation est possible).
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La cour s'appuie sur plusieurs textes. D'abord, l'article 353-1 du Code civil (qui régit l'adoption simple) : il exige que l'adoption soit conforme à l'intérêt de l'enfant, que les conditions légales soient remplies et qu'il n'y ait pas de fraude. Ensuite, l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (respect de la vie privée et familiale). Mais aussi la jurisprudence de la Cour de cassation, notamment l'arrêt du 3 juillet 2024 qui admet l'adoption par le conjoint du même sexe même en cas de GPA à l'étranger, sous certaines conditions.
Le raisonnement des juges est le suivant : l'adoption simple ne prive pas l'enfant de sa filiation biologique. Elle ajoute un lien juridique supplémentaire, ce qui renforce sa stabilité affective et matérielle. La cour écarte l'argument de la fraude : le couple n'a pas cherché à contourner la loi, mais a simplement voulu offrir un cadre juridique à une situation familiale existante. Elle souligne que l'enfant vit avec ses deux mères depuis sa naissance, et que les refuser l'adoption serait contraire à son intérêt supérieur (principe posé par l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant).
Un point crucial : la cour distingue l'adoption simple de l'adoption plénière. Cette dernière efface la filiation d'origine, ce qui serait problématique ici. Mais l'adoption simple la maintient, ce qui respecte l'ordre public. Enfin, elle rappelle que le mariage homosexuel est légal en France, et que la filiation adoptive doit en être le corollaire.
Cette décision est dans la continuité de la jurisprudence récente : elle confirme une tendance à l'assouplissement. Toutefois, elle n'est pas un revirement, car la Cour de cassation avait déjà ouvert cette voie en 2024. Les magistrats rennais appliquent simplement les principes à un cas concret.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes un couple homosexuel marié et que vous souhaitez adopter l'enfant de votre conjoint (adoption simple), cette décision est un signal fort. Désormais, les juges d'appel sont plus enclins à accepter la demande, même si l'enfant est né à l'étranger par GPA ou insémination artificielle. Mais attention : chaque situation est évaluée au cas par cas. Voici les points clés à retenir.
Pour les parents d'intention : vous devez prouver que l'adoption est dans l'intérêt de l'enfant. Cela implique d'établir une relation affective continue et un projet familial cohérent. Par exemple, si vous habitez à Blagnac et que vous vous occupez de l'enfant depuis sa naissance, vous avez de bonnes chances. En revanche, si l'enfant est âgé et que vous venez juste de rencontrer, le juge sera plus exigeant.
Pour les mères biologiques : vous devez consentir à l'adoption. Sans votre accord, la procédure échoue. Le délai de rétractation est de deux mois après la signature du consentement.
Un exemple chiffré : les frais d'avocat pour une procédure d'adoption simple peuvent varier de 1 500 à 4 000 €, selon la complexité. Mais ce coût est bien inférieur à celui d'une procédure de contestation de paternité ou d'une action en recherche de maternité. Et surtout, il garantit à l'enfant une sécurité juridique.
Si vous vous trouvez dans une situation similaire, vous devez agir rapidement : la prescription de l'action en adoption est de deux ans à compter de la naissance de l'enfant (article 361 du Code civil). Passé ce délai, vous risquez de perdre vos chances.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rassemblez les preuves de votre vie familiale : photos, attestations de témoins, comptes rendus médicaux, tout ce qui montre votre rôle parental. Plus votre dossier est solide, moins le parquet pourra s'opposer.
- Consultez un avocat spécialisé avant de déposer la requête : un professionnel pourra évaluer les chances de succès et préparer un dossier irréprochable. À Ramonville-Saint-Agne, Maître Perucca reçoit pour une première consultation à 45 €.
- Privilégiez l'adoption simple à l'adoption plénière : elle est mieux acceptée par les tribunaux car elle ne rompt pas le lien biologique. Si votre situation le permet, c'est la voie la plus sûre.
- Anticipez l'avis du parquet : le ministère public est systématiquement entendu. Préparez des arguments solides sur l'intérêt de l'enfant et l'absence de fraude. Un entretien préalable avec le procureur peut parfois lever les obstacles.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle favorable. En 2021, la Cour de cassation avait déjà autorisé l'adoption simple par le conjoint du même sexe en cas de GPA à l'étranger (Cass. 1ère civ., 8 juillet 2021). Plus récemment, l'arrêt du 3 juillet 2024 (n° 22-50.001) a confirmé cette orientation, en précisant que l'ordre public français ne s'oppose pas à l'adoption simple si elle est conforme à l'intérêt de l'enfant.
La tendance est donc à la libéralisation de l'adoption pour les couples homosexuels. Cependant, il faut noter une divergence avec la position de la Cour de cassation belge, qui est encore plus stricte. En France, les cours d'appel suivent désormais un cap clair : la priorité est donnée à l'intérêt de l'enfant, plutôt qu'à des considérations morales sur les modes de procréation.
À l'avenir, on peut s'attendre à ce que la question de l'adoption plénière par des couples homosexuels soit posée. Mais pour l'instant, l'adoption simple est la voie royale. Si vous êtes concerné, n'attendez pas que la jurisprudence change : le droit évolue, mais il vaut mieux agir vite.
Points clés à retenir
Questions fréquentes
Q : Puis-je adopter l'enfant de ma conjointe si nous ne sommes pas mariés ?
R : Non, l'adoption simple par le conjoint nécessite le mariage. Si vous êtes pacsés ou en concubinage, vous devez d'abord vous marier.
Q : Combien de temps dure la procédure ?
R : En moyenne 6 à 12 mois, selon la complexité. Si le parquet s'oppose, cela peut s'allonger.
Q : Y a-t-il un risque que l'adoption soit annulée ?
R : Oui, si le ministère public forme un pourvoi en cassation. Mais les délais sont courts (2 mois pour se pourvoir).
Q : Que faire si mon enfant est majeur ?
R : L'adoption simple est possible pour un majeur, avec son consentement. Mais les conditions sont plus strictes (notamment le lien affectif doit être antérieur à la majorité).
Q : L'adoption change-t-elle le nom de famille ?
R : Oui, l'adopté peut prendre le nom de l'adoptant, ou ajouter son nom. Un choix à faire dans la requête.
En résumé, cette décision de la Cour d'appel de Rennes est une bonne nouvelle pour les couples homosexuels parents. Elle clarifie les règles et rassure sur la possibilité de faire reconnaître juridiquement leur famille. Mais chaque dossier est unique : ne vous lancez pas sans conseil.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Bruno Perucca, avocat en droit de la famille et du patrimoine, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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